« Et maintenant, mettez le feu à l’Europe ! » (Winston Churchill) : Les Canadiens français dans la Résistance

par Jeanne Krieber-Dion

Sept agents secrets canadiens rapatriés à Halifax (1944)

À peine nommé premier ministre britannique en 1940, Winston Churchill veut, comme il le dit brutalement, – set Europe ablaze – mettre en feu l’Europe occupée par les Nazis. Il a deux atouts, les mouvements de résistance et un nouvel organisme ultra-secret, le Special Operations Executive (SOE).
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Pour créer le SOE, on fusionne l’Electra House, chargée de la propagande, la section D, assignée aux enquêtes sur les techniques de sabotage, et la Military Intelligence Research, spécialiste de la guérilla. Le résultat final, c’est une organisation capable de soutenir la lutte clandestine contre les nazis.
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Rares sont alors les militaires qui connaissent son existence, encore moins ses missions et surtout pas ses agents, tous triés sur le volet, tous volontaires.
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Ces derniers doivent passer inaperçus en pays ennemi. On envoie donc des Serbes et des Croates en Yougoslavie, des Chinois (après l’attaque de Pearl Harbor) dans certains pays occupés par les Japonais, des Français en France. Dans ce dernier cas, deux problèmes majeurs. Ces agents offrent leur loyauté d’abord à leur patrie, ensuite seulement à la Grande-Bretagne. Suivre les indications du SOE devient donc secondaire à l’aide immédiate qu’ils peuvent apporter à leurs proches. Et puis, un agent français capturé par la Gestapo peut très bien résister à la torture. Peut-il résister à celle de sa mère?
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On cherche alors des francophones qui n’ont aucune parenté en France et qui sont fidèles à l’Empire britannique. Et on trouve: les Canadiens-Français comme Gabriel Chartrand (le frère de Michel), Guy d’Artois, Gustave Biéler etc. À l’époque, le Québec est peu connu, et les Français confondent facilement l’accent des Canadiens-français avec celui de la Normandie. Tout se passe bien tant qu’ils ne glissent pas quelques mots d’anglais dans leur conversation…
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L’entraînement est intense; pour devenir des experts de la guerre secrète, ils doivent être capables de tuer silencieusement ou avec une variété d’armes, de manier différents explosifs, d’endurer le stress permanent de la clandestinité, éventuellement les interrogatoires et la torture.
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Une fois prêts, ils sont parachutés, par une nuit sans lune, sur le territoire occupé puis, accueillis par les résistants, ils doivent les entraîner.
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Une partie de leur mission consiste à donner des cours fort peu académiques: comment faire dérailler un train, saboter des lignes téléphoniques, manier des explosifs. Les cours sont tous suivis de travaux pratiques dans des conditions de danger extrême. Surpris par l’ennemi, les plus chanceux sont tués, les autres confiés à la Gestapo.  Les survivants sont envoyés dans des camps de concentration.
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Sans leur travail de sabotage, les Allemands seraient arrivés à temps pour stopper le débarquement de Normandie. Pourtant, les agents secrets canadiens ont reçu bien peu de reconnaissance au Canada.
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La France a nommé des rues et des places en leur honneur. Au camp de Buchenwald, dans l’antichambre du four crématoire,  une plaque honore la mémoire des officiers alliés dont vingt agents du SOE; parmi les noms, celui du lieutenant R., Roméo Sabourin, natif de Montréal.
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Au musée du camp de Flossenbürg, une plaque honore la mémoire de quinze agents du SOE dont Gustave Biéler de Montréal.

Livres:
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Michael D R Foot, Des Anglais dans la Résistance: Le service secret britannique d’action (SOE) en France, 1940-1944; traduit de l’anglais par J.-L. Crémieux-Brilhac. Paris : Tallandier, 2011. 799 p.
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Roy Maclaren, Derrière les lignes ennemies : les agents secrets canadiens durant la Seconde Guerre mondiale; traduit de l’anglais par Pierre R. Desrosiers. Montréal : Lux, 2002. 386 p.
Filmographie:
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