L’indéchiffrable manuscrit

On ne connaît ni son auteur, ni son origine. Nul cryptographe n’a encore réussi à déchiffrer un seul mot ni d’ailleurs une seule lettre du texte. On ne sait même pas en quelle langue il a été écrit! Depuis cinq siècles, le manuscrit de Voynich garde son secret.

Le manuscrit mesure neuf pouces par six et comprend 204 pages de texte. Presque chaque page contient une illustration, parfois en couleur: plantes fantastiques, diagrammes astrologiques, panoramas bizarres avec des femmes nues. Mais même si les dessins sont étranges, c’est le texte, de petites lettres écrites avec soin, qui étonne vraiment. Il est écrit dans un alphabet mystérieux qui n’existe nulle part au monde et, après des siècles d’études, ni le meilleur médiéviste, ni le plus patient des cryptographes n’a encore réussi à établir ce qu’il dit, qui l’a écrit, où, quand et pourquoi…

D’où vient ce livre étrange?

On y fait référence pour la première fois dans une lettre écrite à Prague le 19 août 1666 par Joannes Marcus Marci, docteur, scientifique, orientaliste, et recteur de l’Université de Prague, la plus ancienne de l’Europe centrale. Marci avait obtenu le manuscrit d’un ami, médecin de Rodolphe II, l’empereur du Saint Empire. Ce Habsbourg, collectionneur de tableaux et passionné de science, avait fondé un jardin botanique et construit un observatoire pour Tycho Brahe et Johannes Kepler. Il avait aussi acquis une impressionnante collection de livres rares dont le célèbre manuscrit pour lequel il avait payé 600 ducats.

On ne sait pas si Marci avait tenté de déchiffrer le manuscrit. Mais, septuagénaire, voyant la mort venir, il avait commencé à distribuer sa bibliothèque personnelle à ses amis. Il réserve le manuscrit pour le jésuite Athanasius Kircher à Rome qui avait été son professeur. Dans sa lettre à Kircher, il se dit convaincu que le manuscrit ne pourrait être lu par personne d’autre.

Le père Kircher est en effet un bon choix. Son intérêt pour les hiéroglyphes et autres sujets archéologiques était bien connu. Mais il semble qu’il n’ait pas tenté de déchiffrer le texte. Trois siècles passent durant lesquels le manuscrit tombe dans l’oubli.

En 1912, Wilfrid M. Voynich, collectionneur de livres anciens, découvre le manuscrit dans la bibliothèque de la Villa Mondragore, un collège jésuite près de Rome. Voynich l’achète et le ramène en Amérique. Il en fait parvenir des copies à des spécialistes: linguistes, paléographes, médiévistes et même astronomes et botanistes.  Le manuscrit résiste à toutes les tentatives de déchiffrement.

En 1919, il demande l’aide de William R. Newbol, un spécialiste du grec, du latin et d’autres langues anciennes. Pendant six ans, Newbold s’acharne. Il meurt convaincu, comme d’ailleurs l’empereur Rodolphe II, que l’auteur est Roger Bacon. Ce dernier est le scientifique le plus étrange du Moyen Âge. Ce moine anglais du XIIIe siècle, théologien et savant, est le précurseur de la science expérimentale. En fait, ce personnage est tellement extraordinaire que les spécialistes lui accordent la paternité de tous les manuscrits intéressants dont on ne connaît pas les auteurs. Bien avant Vinci, Bacon avait eu la prémonition des voitures sans chevaux, des bateaux à moteur, des machines volantes, etc. On lui attribue même l’invention de la poudre à canon. Mais les dernières recherches montrent que le manuscrit a été écrit vers 1500 deux siècles après la mort de Bacon. Mais c’est peut-être une copie d’un texte de Bacon….

Si l’auteur reste inconnu, le texte demeure une véritable sirène pour les cryptographes. Et, puisqu’on ne peut pas lire le texte, il faut se tourner vers les dessins. La majorité représente des plantes ou leurs parties. Sur les 400 dessins botaniques seules seize plantes ont été identifiées, et encore, on n’est pas certain. Étrangement, certains dessins ressemblent à des sections minuscules d’organismes végétaux comme si l’auteur les avait observés à travers un microscope, lequel n’a pas été inventé avant le XVIe siècle. Il n’y a aucune explication pour les nombreuses femmes – il n’y a aucun mâle- nues qui apparaissent dans des cercles concentriques.

Depuis l’arrivée d’Internet, il y a regain d’intérêt pour le manuscrit. Plusieurs chercheurs de différentes disciplines peuvent désormais unir leurs efforts pour déchiffrer le manuscrit et essayer d’en découvrir la langue, l’auteur, l’origine et le sens.

Pour en savoir plus :

http://www.ms-voynich.com/

Wikipédia

The Voynich Manuscript: The Book Nobody Can read

http://www.csicop.org/si/show/the_voynich_manuscript_the_book_nobody_can_read/

Klaus Schmeh

The Skeptical Inquirer

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