“La Révolution tranquille en héritage”

présenté par Guy BERTHIAUME et Claude CORBO

 Révolution tranquille et gouvernance : trois chantiers – éducation, santé et culture

Gilles Paquet, Économiste, Université d’Ottawa

 

Extraits

 

« Ce sera le même processus pour l’assurance maladie qui, votée à Ottawa en 1966, ne sera en place au Québec qu’en 1970.

Même si l’ajustement se fait avec retard, il se fera selon l’esprit du temps : l’État payeur unique va s’auto-instituer en monopole public dans la prestation des soins de base. Or, quand l’État devient le maître d’œuvre et l’allocateur des gratifications, on voit émerger des groupes d’intérêts voulant y avoir accès. Un oligopole d’intérêts tout aussi militants que ce qu’on a vu dans le monde de l’éducation a surgi dans le domaine de la santé, et des confrontations encore plus dramatiques s’y sont produites à cause des enjeux de vie et de mort, mais aussi en raison de l’émergence au Québec de syndicats (omnipraticiens, spécialistes, etc.) qui vont utiliser les mêmes tactiques que les syndicats ouvriers (y compris la grève) pour arriver à leurs fins. »

(…)

« En santé (comme en éducation), c’estl’équilibre conflictuel : une situation dans laquelle chaque groupe sait qu’il ne peut se débarasser ni de ses partenaires ni de ses opposants. Chacun sait qu’il devra faire des compromis pour atteindre ses objectifs, mais personne ne veut s’y résoudre. Ce qui fait que les problèmes de gouvernance et d’organisation de la production des soins demeurent dans ce secteur aussi non résolus. »

(…)

« La santé est passée, rapporte-t-on, de quelque 30% des dépenses des programmes du gouvernement du Québec en 1980, à quelque 45% aujourd’hui, et cela pourrait grimper à 65% d’ici vingt ans. Ce n’est clairement pas viable à long terme, à moins d’accepter que le Québec devienne un gros hôpital! »

(…)

« Voilà d’ailleurs qui explique pourquoi dans le secteur de la santé les experts savent ce qu’il faudrait faire, mais leurs avis sont rarement suivis. Le système de soins demeure enlisé dans les fondations qui lui a données la réforme Castonguay du début des années 70 : un système émergeant d’une idéologie technocratique et étatiste qui veut rationaliser par des méthodes bureaucratiques. »

(…)

« Cette forme d’intervention de l’État (ici comme ailleurs) a fait long feu, mais on demeure ankylosé dans et par ce modèle. Voilà ce qui explique que toutes les commissions qui se sont succédées depuis quarante ans n’ont pu apposer des bémols et des dièses sur une partition demeurée inchangée : les acteurs dominants sont restés les mêmes, et on a tout au plus pu bricoler dans les marges du système – pour le rendre un brin plus participatif avec la commission Rochon, pour accroître un brin la responsabilisation avec la commission Clair, pour décentraliser un brin avec la réforme Couillard – sans pouvoir vraiment entamer les relations de pouvoir qui cimentent le système. »

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